Remise du Prix du général Delpech à Alain Carrier.

Sarlat19 09 27 159

Sarlat 27 septembre.

 

Le Prix du général André Delpech honore les mérites de ceux qui se sont particulièrement consacrés aux objectifs du CID, le Comité International de Dachau, soit directement pour la mémoire de la déportation dans ce camp, soit plus largement en luttant contre le fascisme, le racisme et l’antisémitisme et contre toute autre discrimination pour des motifs politiques et religieux.

Cher Alain Carrier, votre œuvre et votre engagement répondent parfaitement à ces critères. C’est pourquoi le CID a décidé de vous attribuer ce Prix, créé il y a cinq ans et dont vous êtes le 5ème récipiendaire, après notamment la Chancelière Angela Merkel.

Je voudrai vous mettre un instant en lumière en rappelant vos mérites et ils sont nombreux. Et en soulignant vos liens avec la déportation et le camp de Dachau, à la mémoire duquel vous avez si bien participé avec votre œil et votre talent d’artiste.

Vous êtes né à Sarlat il y a 95 ans et vous avez toujours une ardeur et un dynamisme intacts et étonnants. Vos parents étaient propriétaires du Café du Palais, le « Café de Flore » de Sarlat, et vous y avez connu, entre autres, Georges Simenon, Paul Eluard, Henry Miller et André Malraux. Vos dons ont été détectés par Marius Rossillon, le créateur du « Bonhomme Bibendum », alors que vous dessiniez une étiquette pour une bouteille de vin de noix confectionné par votre grand-mère. Surpris par votre imagination, il déclara à votre père que vous aviez « l’idée réflexe » et que vous seriez affichiste.

Au début de la seconde guerre mondiale, votre scolarité a été perturbée par votre engagement dans la Résistance, dès 1940 à 15 ans. Vous avez en effet été arrêté par les Allemands au Café du Palais, mais connaissant les lieux vous avez réussi à leur fausser compagnie. Ce qui vous évita sans doute de suivre le même itinéraire que votre ami le général André Delpech, également résistant, à Cahors, et qui partit comme déporté à Dachau.

Sarlat19 09 27 187 2Après la guerre, vous êtes monté à Paris comme élève puis assistant du plus grand affichiste du moment, Paul Colin. Vous avez dessiné des couvertures de disques pour les artistes du « show biz », devenant l’ami des plus grands : Anne Chapelle, Édith Piaf, Bourvil, Jacques Hélian, Joséphine Baker, Philippe Clay et Pierre Dac et côtoyant Cocteau, Eluard et Louis Jouvet.

Vous avez travaillé pour les Grands Magasins du Printemps, pour l’Agence Havas puis pour le Groupe Bossard Communication, et on vous doit en particulier le fameux slogan et la campagne du gel après-rasage « Mennen, pour nous les hommes ». Puis, en 1969, vous ouvrez votre propre agence de création, chargé par de nombreuses sociétés de décliner leur image de marque par des affiches, des logotypes, des chartes graphiques, ou des slogans.

Vous avez également été professeur à l’École Supérieure de Publicité, membre du Jury du Prix International de l’Affiche et l’un des créateurs publicitaires les plus prolifiques de votre époque.

A la retraite en 1984, vous avez continué à créer des affiches pour des œuvres caritatives, des associations de tout genre, notamment à Sarlat et en Dordogne.

Mais, à côté de la publicité, vous avez également mis votre talent au service de votre engagement de jeune résistant, au profit des causes humanitaires et de défense des Droits de l’Homme ou de la santé, contre la faim, le racisme et l’antisémitisme, pour la liberté, la protection des enfants, mais aussi pour la mémoire de la résistance et de la déportation et c’est ce que je voudrais « mettre à l’affiche ».

Ces œuvres pour une cause, un idéal ou une mémoire à défendre sont des messages chocs, et qui frappent les esprits. Créées à titre bénévole, elles ont, je cite, « la force de l’affiche qui a accompagné le XXe siècle et les changements de l’après-guerre ».

En 1999 votre combat eut un nouveau succès car le titre de votre affiche pour Amnesty International « On ne bâillonne pas la lumière», a été proposé comme sujet de Français au baccalauréat.

Puis en 2001 c’est votre « Non à la Torture », dont la simplicité parle d’emblée. Avec ce symbole de la chaine et du barbelé qui prive de liberté et que nous retrouverons dans vos œuvres sur la déportation, avec l’élan, la force et la volonté qui les brise et permet de s’en arracher, au moins par l’esprit, l’espérance ou la foi.

Le Centre Edmond Michelet de Brive, avec lequel vous avez travaillé a rendu hommage à votre engagement. Edmond Michelet, ancien ministre du général de Gaulle, fût le Président fondateur de notre Amicale française du camp de Dachau qui organise aujourd’hui son congrès annuel à Sarlat et qu’annonce votre affiche avec cette oie périgordine, qui piétine la croix gammée d’un coup de patte et rejette les bruits de bottes, au pas de l’oie !

Ce Centre Michelet a exposé vos affiches consacrées à la mémoire de la guerre, qui sont une part importante de votre œuvre : sur le rationnement et la pénurie alimentaire sous le régime de Vichy, contre l’embrigadement de l’enfant soldat, de la jeunesse au nazisme, mais également sur la Résistance, le massacre d’Oradour-sur-Glane, ou la libération des camps de concentration.

Vous avez offert une de ces affiches pour le 60ème anniversaire de la libération de Dachau. Par votre génie d’artiste, tout est dans l’espoir de cette colombe de la Paix qui va s’échapper des mains et des souffrances d’un déporté. C’est un chef d’œuvre émouvant et qui nous aide dans notre mission reçue des survivants de Dachau : ne pas oublier. Une âme au-dessus d’un monde qui n’en avait pas, un espoir, celui de retour à la liberté et à la Paix. Cette colombe figure sur le diplôme de ce Prix. Elle s’est envolée et le monde entier la connait. La voici de retour pour féliciter son auteur.

A propos de cette création, vous avez écrit qu’elle était l’expression même de la simplicité et de l’intensité de votre affection envers André Delpech mais aussi du respect que vous deviez à votre aîné de 12 jours. Quant au brin d’olivier que porte la colombe, il vous a dit qu’il représentait ses enfants.

Vous remettre ce Prix est pour moi un honneur et je ressens une réelle émotion car le lauréat est un ami du général Delpech, avec des liens très forts, et que nous sommes ici chez vous deux, dans votre ville de Sarlat-la-Canéda.

Avant cela, je laisse à Joëlle Boursier, la fille du général Delpech, et administratrice du Comité International de Dachau dont il fût le président, le soin de nous dire un mot de l’amitié qui vous unissait tous les deux.

General Jean-Michel Thomas, President