Allocution du commisaire général (2s) J-M Thomas

74° anniversaire de la libération du camp de Dachau. 5 mai 2019.

Jean Michel thomas20160114 125704Les menaces sur la démocratie en Europe doivent nous interroger.

Le paysage politique s’est en effet modifié avec l’expression d’insatisfactions, de mécontentements et de frustations. Les représentations parlementaires ont évolué et des inquiétudes se font jour pour les prochaines élections en Europe. Ce contexte international est fragile, avec l’inadmissible recrudescence de l’antisémitisme et l’islamisme radical, toujours présent.

Mais nous sommes aussi menacés par la relativisation du nazisme et de sa politique d’extermination, dans les chambres à gaz à Auschwitz, par le travail et la faim à Dachau et dans les autres camps. Nous connaissons les qualificatifs ignobles employés pour la négation de ces 12 années de nazisme, débutant par la construction du camp de concentration de Dachau en 1933.

Face à la volonté d’ignorer ou de déformer le passé, il s’agit de préserver l’histoire de cette époque, avec la mémoire de toutes les victimes et de ceux qui ont contribué à d’autres perspectives qu’à une Europe brune et bottée.

A ce titre, les rescapés de Dachau furent parmi les premiers européens. Au nom du « Plus jamais ça », fidèles à la mémoire de tous leurs compagnons de misère, ils ont voulu que leur histoire, tellement inimaginable, soit exposée pour être crue. Leurs souhaits ont été exhaussés et les travaux de la Fondation, du Mémorial et de nombreux volontaires au sein d’associations, sont désormais là pour les garantir. Qu’ils en soient remerciés.

Mais la leçon de cette histoire n’est pas encore partagée par tous et c’est là un danger.

Relativiser et mettre entre parenthèses le nazisme par des caricatures ignorant la réalité c’est compromettre la transmission de l’histoire et de ses leçons. C’est rendre impossible la connaissance et la compréhension par les nouvelles générations de l’histoire des tragédies du XXe siècle et de leur complexité.. 

C’est dans ce contexte, en présence d’une hostilité réelle, que notre rassemblement et notre recueillement d’aujourd’hui prennent tout leur sens dans cette cérémonie internationale, dont il n’est pas inutile de rappeler le but et la signification.

Notre cortège vient de traverser avec ferveur tout le site du camp, précédé par le livre des 40 000 morts au camp de Dachau et dans ses camps extérieurs. Il était accompagné par les derniers survivants, entourés par les drapeaux des nations des détenus de ce camp, portés par leurs descendants ou des jeunes soucieux de se souvenir.

La dernière étape émouvante de cette procession va se dérouler devant ce monument, au pied duquel nous allons nous incliner.

Ce mouvement a pour point d’orgue le dépôt de gerbes et le recueillement, pour honorer les morts qui se sont opposés et ont combattu le nazisme. Les premiers arrivés au nouveau camp de Dachau, opposants politiques et juifs, comme tous les détenus qui les ont suivis durant 12 ans avaient un point commun. Ils étaient des adversaires de ce régime, hostile à cette idéologie fondée sur le racisme et la xénophobie et à ce régime qui les pourchassait, dans tous les pays en guerre de l’Europe, pour leurs combats, leurs croyances, leurs opinions ou leurs orientations.

Cette répression des opposants dans ce premier camp de concentration de Dachau, devenu la « maison mère » et le modèle de formation à l’école de la violence pour tous les autres camps, fait de ce lieu le symbole de la Résistance au nazisme.

Déposer aujourd’hui une gerbe au pied du monument aux victimes du camp de concentration Dachau et de ses camps extérieurs, revêt donc une valeur particulière et universelle qui dépasse les clivages et les divergences d’opinions sur la gestion immédiate de nos sociétés démocratiques. C’est honorer toutes les victimes, c’est saluer l’idéal et le martyr de ceux qui ont résisté et sacrifié leurs vies à combattre cette idéologie, c’est enfin reconnaitre le véritable aspect du nazisme et de ses millions de morts.

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Ce geste symbolique et compris de tous, a une portée évidente. Ce geste d’union est bien sûr ouvert à toutes et à tous, sans exclusive, dans le respect et la fraternité. Et il est rendu, selon le rituel traditionnel, par les représentants des institutions fédérales et bavaroises, des communautés religieuses, des différentes nations et de leurs associations mémorielles, et de tous les partis politiques et associations qui le souhaitent.

Ce rassemblement international dans le recueillement est donc porteur d’espérance. La réalité historique ne peut être niée, ignorée, transformée ou adoucie. Elle nous interpelle, nous devons nous en souvenir et la respecter. Certains refusent cette évidence et rejettent cette démarche. Ils ne peuvent qu’être dévorés par leurs contradictions idéologiques.

Jean-Michel Thomas

Président du CID