Alaïs, petite fille du résistant français Jean-Baptiste
Quimper.Dachau.
La route va être longue. On s'organise. On prépare l'itinéraire. On prépare les affaires.
Mais rien finalement ne peut préparer à une telle rencontre.
Le camp de concentration de Dachau.
Petite, je me souviens que mon grand-père tapait du poing sur la table pour que je finisse de
manger mes haricots verts.
Parti trop tôt, aujourd'hui, je pars bien loin pour le retrouver.
Bien loin dans l'horreur, bien loin de nos foyers, bien loin de toute humanité.
Jean-Baptiste et son frère Henri sont arrêtés en France pour faits de résistance.
Dans un premier temps incarcérés à la prison de Eysses, ils seront ensuite déportés au camp
de Dachau.
La route est longue en voiture mais on prend soudainement conscience de notre chance, de
respirer, de faire des pauses, de manger.
La route dans un wagon à bestiaux n'est plus longue, elle disparaît.
Pour laisser place à l'enfer, elle devient interminable.
Pour tenter d'anéantir petit à petit la part d'humanité et d'espoir qui devrait toujours nous animer.
" ARBEIT MACHT FREI ".
Et le silence tombe, l'extérieur n'existe plus et l'intérieur, l'âme et l'humanité vont être broyées.
Piétinées, tuées, violées, expérimentées, tabassées, rabaissées, jusqu'à ne plus exister.
Exterminer.
On ne peut que déambuler dans ce vague souvenir de l'horreur devenu musée, perdu devant
tant de haine et de violence.
On suffoque. On a du mal à respirer.
Je réalise que mon grand-père en est sorti, que de ce qu'il a traversé, nous sommes nés, mon
père, puis nous, mon frère et ma soeur. Nous sommes là aujourd'hui avec lui.
A ses côtés.
De l'horreur, la vie a fini par triompher.
Mais Henri son frère, mort quelques jours avant la libération, lui est toujours là. Dans ce camp.
Lui, il n'est jamais sorti.
Il était marié et père de trois jeunes enfants.
La vie malgré tout a continué.
Désormais la vie et la parole des survivants sont sur le point de s'arrêter.
Bientôt ils ne seront plus là. Bientôt ils ne pourront plus témoigner.
Bientôt ils ne pourront plus nous éclairer.
A nous de prendre ce relais.
Pour la vie. Pour l'humanité. Pour la dignité.
Pour mon grand-père, pour vous tous.
Je remercie le Comité International de Dachau de nous avoir conviés à cette commémoration
des 80 ans de la libération.
Nous avons été très bien accueillis, les témoignages de Mario Candotto, Bud Gahs, Jean
Lafaurie, Abba Naor et Leslie Rosenthal, resteront à jamais gravés dans ma mémoire et je
tâcherai de continuer à les transmettre pour qu'ils ne soient jamais oubliés.
Alaïs, petite fille du résistant français Jean-Baptiste
grand-père Jean Baptiste
Henri son frère Décédé : 08/02/1945 a Dachau

