© Comité International de Dachau
Certains wagons deviennent ainsi progressivement de vrais charniers, où l’on meurt de chaleur, de manque d’eau, d’asphyxie, ou bien sous les coups de son voisin qui lutte pour sa propre survie.
Du 2 au 5 juillet 2024, L’Amicale française du camp de concentration de Dachau a effectué un parcours mémoriel de 4 jours, avec un groupe constitué par les familles de victimes ou survivants du convoi de déportés 7909, convoi parti de Compiègne le 2 juillet 1944 avec plus de 2000 hommes à son bord, et faisant plus de 550 victimes durant le transport.
Le parcours a suivi fidèlement le trajet du convoi 7909 et tenu des commémorations dans les principaux lieux ou la tragédie s’est déroulée : Compiègne, Vic-sur-Aisne, Fismes, Saint-Brice, Reims, Revigny, Novéant, Sarrebourg, pour se terminer à Dachau.
Le samedi 5 juillet 2024, le groupe arrivait en gare de Dachau et était accueilli par le Maire adjoint de la ville, Kai Kühnel, et par Tobias Schneider, délégué à la Culture pour la mairie de Dachau.
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A 14h30, Mr Florian Hartmann, Maire de Dachau, et Mr Boueilh Dominique, président de l’amicale française du camp de concentration de Dachau et président du Comité International de Dachau, dévoilait une plaque en mémoire des victimes du convoi 7909, sur le parvis de la gare de Dachau et déposait une gerbe. Des lectures de témoignages émouvants ont suivi, délivrés par les descendants présents de survivants. Ils racontaient l’arrivée des survivants du convoi à la gare de Dachau..
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Le groupe a entrepris ensuite une marche à pied sur le chemin de mémoire pour rejoindre le mémorial du camp Dachau, sous la conduite de Mme Dr Gabrielle Hammermann, directrice du mémorial du camp de concentration de Dachau, et de Dirk Riedel, responsable du département recherche au Mémorial. Le drapeau tricolore de l’amicale française du camp de concentration de Dachau précédait avec fierté le cortège.
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A l’arrivée au Mémorial, Mme Dr Gabrielle Hammermann délivrait au groupe de visiteurs un message amical et émouvant de bienvenue.
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Le groupe a procédé ensuite au dévoilement d’une plaque dans la salle du souvenir et à un dépôt de gerbe. De nouvelles lectures de témoignages très émouvants ont suivi. Ils racontaient l’arrivée des survivants au camp de Dachau.
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Pour finir, le groupe s’est dirigé vers le Krématorium pour déposer une gerbe au pied du Monument du Déporté Inconnu, en mémoire des victimes du convoi 7909. Le parcours mémorial se termina le samedi matin par une visite guidée du camp à laquelle le groupe fut très attentif et sensible.
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TRAIN DE LA MORT, CONVOI 7909, 2 JUILLET 1944, DE COMPIÈGNE-ROYALLIEU À DACHAU.
De 1942 à 1944, le camp de Royallieu fut le point de départ de plus de 50 convois de milliers de prisonniers à destination des camps de concentration de Auschwitz, Buchenwald, Mauthausen, Sachsenhausen, Ravensbrück, Dachau, et bien d’autres encore. Le 1 juillet 1944, à 9 h 40, sur les voies 4 et 6 de la gare de Compiègne, le train 7909 est constitué à partir de 37 éléments, dont 22 wagons type « hommes 40, chevaux en long 8 ». Autrement dit, des wagons dimensionnés chacun soit pour le transport de 40 hommes, soit pour le transport de 8 chevaux en long. C’est le plus important convoi de déportés jamais constitué au départ de Compiègne. Sa destination est le camp de concentration de Dachau. Au matin du 2 juillet 1944, à 6 h précise, un long convoi de 2166 détenus, fortement encadré, quitte le camp pour se rendre à la gare de Compiègne, distante de plusieurs kilomètres, et être embarqué à bord du train 7909 à destination de Dachau. Les hommes sont entassés à 100 par wagon, voire plus parfois, et peuvent seulement se tenir debout. Ils sont à peine pourvus d’une boule de pain noir et d’un peu de saucisson, tout cela pour un voyage de 4 jours. Le plancher est recouvert d’un peu de paille, une tinette est installée dans un coin et un tonneau d’eau à peine à moitié rempli est à disposition dans chaque wagon. De chaque côté, une petite lucarne grillagée de 50 centimètres sur 25 sera la seule source d’aération. Le convoi errera durant 3 jours dans des conditions abominables de chaleur et d’absence de ravitaillement, particulièrement durant la première journée du 2 juillet, qui fera 400 victimes à elle seule. Certains wagons arrivent à organiser et maintenir une certaine discipline et auront peu de victimes. Dans d’autres wagons, transformés en étuves, la tension monte peu à peu, à la limite de l’explosion hystérique collective. Les hommes échappent à tout contrôle, s’entretuent, la folie est là. Certains wagons deviennent ainsi progressivement de vrais charniers, où l’on meurt de chaleur, de manque d’eau, d’asphyxie, ou bien sous les coups de son voisin qui lutte pour sa propre survie.
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Au moment où la situation était intenable, et malgré les appels de détresse des détenus, les soldats gardiens allemands ont refusé d’ouvrir les portes des wagons pour les aérer et ont refusé de distribuer l’eau qui aurait sauvé les mourants. Les corps épuisés encore vivants sont achevés d’une balle à l’ouverture des portes. Le peu de ravitaillement concédé la soirée du 3 juillet et la journée du 4 juillet arrivera trop tard. À l’arrivée sur le quai de la gare de Dachau le 5 juillet 1944, 536 cadavres, 984 selon d’autres estimations, prennent la direction du four crématoire du camp de Dachau, qu’ils alimenteront 4 jours durant. Les 1960 survivants ont été ensuite acheminés vers le camp de concentration de Dachau et ses kommandos, d’où plus de 600 ne reviendront jamais, épuisés par le travail, la maladie ou les mauvais traitements.

